Parlons ordures

Quand je vivais en Belgique, je savais exactement quelle quantité de déchets notre famille produisait. La poubelle était munie d’une puce électronique et pesée lors de chaque collecte de déchets. Je sais ainsi qu’en 2013, notre famille a produit 104 kilos de déchets non-recyclables (dont une grande partie était de la litière pour chats), ce qui nous place en dessous de la moyenne wallonne de 174 kilos (moyenne de 2012).

Comme toutes les familles belges, nous avions une poubelle pour le papier, une pour les métaux et plastiques recyclables, deux pour le verre (verre coloré et verre transparent). Nous rapportions nos bouteilles de bière au grand magasin et nous allions de temps en temps au parc à conteneurs pour nous débarrasser des déchets qui n’étaient pas collectés. Comme nous avions un jardin, nous avions aussi un compost. Qu’on soit écolo ou pas, en Belgique le tri est la norme depuis longtemps.

Et ici, aux Émirats ?

La production de déchets par habitants est en moyenne de 730 kilos par an. Il est possible de trier dans certains endroits publics.

ipp

Mais à la maison, on ne trie RIEN. J’ai donc une seule poubelle, dans laquelle je jette tout. Je sors la poubelle tous les deux ou trois jours, tellement j’ai de déchets. Et je ne peux pas m’empêcher d’avoir un pincement au cœur à chaque fois que j’envoie le sac dans le vide-ordure, surtout quand il y a du verre dedans.

J’ai donc voulu en savoir plus sur la gestion des déchets à Abu Dhabi. Frank Ciampa, spécialiste du développement durable aux Émirats, a accepté de répondre à mes questions.

Comme vous allez le voir, la réalité est plus nuancée que ce que j’imaginais.

***

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les déchets à Abu Dhabi

Frank, peux-tu expliquer brièvement ce que devient mon sac poubelle une fois qu’il a disparu dans le vide-ordure ?

Il est collecté par un prestataire de services environnementaux (désignation officielle d’une entreprise spécialisée dans le traitement des déchets et approuvée par le gouvernement). Ensuite, il va dans un centre de tri où les déchets sont séparés des matières recyclables ayant de la valeur, comme par exemple le papier, le plastique, etc. Les déchets sont envoyés dans une décharge, ou sont incinérés dans un site de valorisation énergétique pour produire de l’électricité. Les matières recyclables sont regroupées et vendues en vrac. En fonction du type de matière, elles peuvent être traitées ici aux Émirats (comme les granulés de plastique, par exemple), ou elles peuvent être exportées en tant que matières non-traitées.

Pourquoi est-il possible de trier les déchets dans certains endroits publics, comme les centres commerciaux, et pas à la maison ?

C’est principalement pour que les gens aient bonne conscience et, en fait, assez inefficace. Si tu regardes dans la poubelle pour les papiers, tu y verras probablement un mélange de déchets qui n’est pas trié du tout. Comme je l’ai dit, les déchets sont triés quoi qu’il arrive. En fait, le centre commercial est tenu de déclarer les volumes de déchets produits, et paie une redevance en fonction du volume. Cette redevance est plus élevée pour les déchets non-recyclables, et diminue en fonction du pourcentage de matières recyclables. C’est pour cette raison que le centre commercial est poussé à trier les déchets avant qu’ils ne soient collectés, pour payer moins. Par exemple, une production de 100 % de déchets non-recyclables coûte plus cher que 80 % de déchets non-recyclables et 20 % de déchets recyclables.

Je croise parfois des hommes à vélo chargés de cartons. Où l’apportent-ils ? Est-ce que je peux me faire de l’argent de poche si je fais la même chose ?

Le carton et le papier sont des matières recyclables qui ont de la valeur, donc les gens les collectent. Les gars à vélo vendent leurs paquets à des gars en camion, qui apportent leur cargaison à Musaffah (je ne sais pas où exactement). Il s’agit en fait d’un réseau logistique assez sophistiqué. Même si le carton a de la valeur, cette dernière est incroyable basse. Si on est un travailleur non-qualifié/non-éduqué, l’effort peut en valoir la peine, mais je te déconseille de faire un voyage à Musaffah avec ta voiture chargée de cartons ; tu dépenserais probablement plus en carburant que ce que tu recevrais en échange des cartons.

Le gouvernement va-t-il prendre des mesures pour inciter les gens à réduire leur production de déchets ? Peut-on s’attendre à des changements à court terme ?

Comme je l’ai expliqué avec l’exemple du centre commercial, le gouvernement a mis en place un programme qui s’applique à toutes les établissements commerciaux. Toutes les entreprises d’Abu Dhabi doivent le respecter. Il n’existe pas de mesures incitatives en ce qui concerne la réduction des déchets ménagers pour l’instant, ni dans un futur proche. Le marché est trop immature et fragmenté pour qu’un mécanisme soit mis en place dans les années à venir. Peut-être à long terme, mais rien à l’horizon, pour autant que je sache.

Il y a quelques mois, j’ai participé à une opération de nettoyage de l’endroit où je vis. L’endroit est de nouveau sale et jonché de détritus, comme si nous n’avions rien fait. Il y a-t-il une instance à laquelle nous pourrions faire appel pour régler le problème ?

Nous partageons la même frustration, et il n’y a pas grand-chose à faire. Tu peux essayer de te plaindre à Tadweer mais je ne sais pas si cela serait suivi d’effets. Ils réagiraient peut-être si tu voyais un camion décharger une grande quantité de déchets, mais je pense que la majorité des ordures que l’on trouve ici (Reem Island) sont jetées par des personnes négligentes. En général, les Émirats Arabes Unis sont très pollués. La seule raison pour laquelle nous ne sommes pas dans les détritus jusqu’aux oreilles, c’est parce que beaucoup de parties de la ville ont des travailleurs qui les ramassent toute la journée. Les personnes non-occidentales considèrent qu’il s’agit d’une solution valide, et ne voient pas pourquoi elles devraient faire des efforts pour trouver une poubelle. Elles se disent « Quelqu’un va ramasser pour moi. » ou « J’aide les éboueurs en leur donnant quelque-chose à faire pour qu’ils aient du travail. ». C’est une attitude absurde, mais bien présente ici. Les personnes qui se soucient de l’environnement et le respectent au quotidien ne représentent qu’une petite minorité de la population du pays.

***

Bon. Je fais donc partie d’une toute petite minorité. Et vous aussi, si vous me lisez depuis les Émirats !

De plus en plus de personnes se mettent au « zéro déchets » de par le monde, avec des résultats bluffants. Voyez par exemple Béa Johnson aux États-Unis, ou Mélanie à Paris. Ce sont des expériences qui m’inspirent beaucoup, et je me demande dans quelle mesure ce mode de vie est applicable aux Émirats.

Même si le « zéro déchets »me semble inaccessible ici, je pense que je pourrais produire moins de déchets que je ne le fais actuellement, et j’ai décidé de tenter l’expérience !

Dans le prochain article, je vous parlerai de ce que j’ai déjà mis en place, et de ce que je vais essayer de faire cette année. Et vous, si vous veniez partager vos idées dans la section commentaires, ou sur la page Facebook du blog ?

À bientôt !

 

Publicités

3 réflexions sur “Parlons ordures

    • Merci Catherine! C’est vraiment quelque-chose que j’ai envie d’expérimenter cette année, et il y aura sans doute des solutions auxquelles je ne penserai pas.. Alors n’hésite pas à partager tes idées !

      J'aime

  1. Pingback: « Saving the planet, huh, ma’aam ? » | Dans le désert climatisé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s