Pourquoi notre fils n’est pas scolarisé

Comme c’est la rentrée pour beaucoup, j’ai pensé que c’était l’occasion de vous parler de notre choix de ne pas scolariser N. Commençons par affirmer que cet article n’est pas du tout contre les familles qui envoient leurs enfants à l’école. Il en existe de très chouettes. Il y a des profs super (dont plusieurs dans ma famille) et des enfants qui s’épanouissent à l’école (j’en faisais partie et l’Homme aussi).  

Je pense que la non-scolarisation, qui peut prendre plusieurs formes (de l’école à la maison au unschooling), est une forme d’éducation intéressante en général, et plus encore dans notre cas de famille expatriée. Notre fils a trois ans et demi, et on nous demande régulièrement pourquoi il ne va pas à l’école ou en « nursery ».

Voici quelques-unes de nos raisons, et des liens vers les articles qui ont orienté notre choix.

Parce qu’on veut qu’il puisse jouer

Librement. Et beaucoup.

De plus en plus de spécialistes appellent à remettre le jeu au centre de l’enfance. On ne parle pas ici d’activités ludiques d’apprentissage mais bien du jeu libre, où l’enfant est immergé dans son propre monde et invente ses activités.

Pour diverses raisons, le jeu non-structuré devient chose rare. On en parle surtout aux États-Unis où le temps passé à jouer a drastiquement diminué au profit d’activités plus « académiques », visant à stimuler les enfants et à leur faire prendre de l’avance. Certaines écoles vont jusqu’à réduire ou supprimer les récréations en maternelle et en primaire pour se concentrer sur le programme. Certes, à cinq ans, les enfants savent lire et écrire. Mais des professeurs expérimentés s’alarment de voir que les enfants sont de plus en plus stressés, maladroits, impulsifs. Ils montrent moins d’imagination et de maturité émotionnelle que les enfants des générations précédentes. (article en anglais)

Des enfants de mon entourage fréquentent des écoles qui suivent le programme britannique ou américain à Abu Dhabi. Avant d’être acceptés dans leur école, ils ont dû passer une évaluation (et l’ont parfois ratée, comme ma petite voisine). Les journées commencent tôt et les récréations sont très réduites. Ils reviennent fatigués et ramènent parfois des devoirs. On parle d’enfants de quatre ou cinq ans.

Les jeunes enfants que je connais n’ont plus beaucoup de temps ni d’énergie pour jouer, alors que le jeu libre permet de développer des qualités comme la créativité, l’autonomie de la confiance en soi. (article en français)

Nous pensons que ces qualités-là, justement, seront de plus en plus valorisées à l’avenir. Nous préférons donc le laisser jouer et remettre l’apprentissage des chiffres et des lettres à plus tard !

Parce qu’on veut qu’il apprenne à son rythme

Petit exemple. Il y a environ un an, j’ai acheté des perles à enfiler pour N. Il avait l’âge indiqué sur l’emballage et je voulais l’aider à développer sa motricité fine. Fiasco total : il n’arrivait pas à enfiler les perles et était bien plus intéressé par une autre propriété des perles : ça roule… de préférence en dessous des meubles et des fauteuils! Comme j’en avais assez de marcher sur de grosses perles en bois partout dans l’appartement, je les ai mises de côté, déçue et inquiète. Manquait-il de stimulation ? Était-il en retard par rapport aux enfants de son âge ?

Il y a six mois, il a redemandé les perles, a facilement enfilé tout un collier et a même trié les perles par couleur quand je le lui ai demandé. Je n’ai rien fait à part l’emmener jouer au parc et à la plage. Il joue beaucoup à insérer des morceaux de bois dans des petits trous, à faire des brochettes de feuilles, à lancer des cailloux. Des jeux qui me semblent ennuyeux et peu stimulants, mais il ne s’en lasse pas. Et comme par miracle, il a développé tout seul sa motricité fine !

Ce n’est pas facile pour moi j’avoue, car j’aimerais qu’il dessine ou qu’il participe aux activités de son playgroup. Mais ça ne l’intéresse pas pour le moment, et j’ai la liberté de lâcher prise et de lui faire confiance. Cela serait beaucoup plus difficile pour un(e) prof qui a un programme à suivre, ou qui veut avoir un résultat à montrer aux parents à la fin de la journée d’école (chèrement payée à Abu Dhabi).

Parce qu’on veut éviter une formation académique précoce

Plus je lis d’articles et de livres sur les apprentissages des jeunes enfants, plus je suis convaincue que « le plus tôt n’est pas le mieux », et qu’il faut attendre le bon moment pour apprendre à lire et à compter à un enfant. C’est quoi, le bon moment ? Pour moi, dans l’idéal, ça serait quand l’enfant demande à apprendre. Cela voudrait dire qu’il a mis en place les bases intellectuelles lui permettant d’aborder cet apprentissage. (article très complet et intéressant en français ici)

Des études semblent montrer que la plupart des enfants sont intellectuellement prêts à apprendre à lire vers l’âge de sept ans, et que les enfants qui commencent les apprentissages académiques à cet âge-là sont légèrement avantagés par rapport à ceux qui commencent à cinq ans. (article en anglais).

Mais ici, dans la majorité des écoles, les enfants commencent les apprentissages académiques en maternelle, vers quatre ans. Une école britannique a conseillé à mes voisins de faire évaluer leur fille par un spécialiste, soupçonnant un trouble de l’attention parce qu’elle ne veut pas rester assise et suivre les leçons. C’est une gamine brillante, qui parle très bien sa langue maternelle et qui a appris l’anglais en quelques mois. Mais à cinq ans, la voilà labellisée comme ayant des difficultés à s’adapter.

 

Et si c’était le programme qui n’était pas adapté ? Sans nier l’existence du trouble TDAH, je trouve intéressant que le fait de repousser l’entrée à l’école d’un an réduise l’hyperactivité et l’inattention de 73 % chez les enfants, en particulier chez les garçons. (article en anglais)

Parce qu’on veut le socialiser en douceur

N. est de nature sociable et va spontanément vers toutes sortes de personnes. Si on est au parc, je peux m’asseoir sur un banc et il peut jouer indépendamment pendant de longues périodes. Il est très attaché à ses proches et ne les oublie pas même s’il ne les a pas vus depuis plusieurs mois.

Il commence à jouer avec plaisir avec les enfants qu’il connaît.

Par contre, il a tendance à se sentir dépassé dans un grand groupe d’enfants. Il devient nerveux et son comportement s’en ressent très vite. Comme je ne suis jamais loin, je peux intervenir pour le calmer, lui rappeler les règles, voire quitter les lieux si la situation dégénère. Je pense que son comportement social va continuer à s’améliorer avec l’âge, et je ne vois pas de raison de brusquer les choses pour le moment.

Parce qu’on veut le préparer le mieux possible au monde de demain

Et comment sera le monde de demain ?

Certains estiment que 60 % des métiers du futur n’ont pas encore été inventés. Aurons-nous un futur high-tech, des entreprises de télétravailleurs sans hiérarchie, des robots, des voitures qui volent ?

D’autres pensent que la fin des énergies fossiles et le changement climatique causeront des guerres, des catastrophes écologiques, des crises économiques et qu’on reviendra à l’âge de pierre. On peut penser, comme ma grand-mère adorée, « qu’ils » inventeront « quelque chose » pour régler tout ça et que tout continuera comme avant. Ou on peut essayer de construire sa résilience, par exemple via les initiatives des villes en transition.

En tout cas, la vie sera très différente, et je pense qu’en favorisant la créativité, l’autonomie et la confiance en soi chez les adultes de demain, ils auront plus de chances de s’adapter et de vivre une vie heureuse.

Si l’on en croit Sir Ken Robinson dans son célèbre discours sur « comment l’école tue la créativité », l’école telle que nous la connaissons a été créée dans le but de former des travailleurs capables de s’adapter à une société industrielle. On leur apprend à obéir, à retenir par cœur, à travailler selon un modèle pré-défini… C’était certainement utile au vingtième siècle et l’éducation obligatoire pour tous a été un énorme progrès pour la société. Mais ces méthodes ont-elles encore du sens aujourd’hui ?

On peut choisir de parier sur le fait que l’éducation traditionnelle continuera à ouvrir des portes à nos enfants à l’avenir. Malheureusement, on observe déjà qu’un « bon diplôme » est de moins en moins synonyme de réussite et d’épanouissement.

On peut aussi choisir d’essayer d’autres styles d’écoles et de pédagogies. Il est pour moi très révélateur que les pontes de la Silicon Valley envoient leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf. (article en français ici)

Parce qu’on n’a pas vraiment le choix

Depuis que je m’intéresse à l’éducation, j’ai découvert des pédagogies qui répondraient à tous mes critères : une grande place accordée au jeu libre, à l’art, à l’imagination, le respect du rythme et de la personnalité de l’enfant, l’introduction tardive des sujets académiques.

Je pense notamment aux écoles Steiner-Waldorf, aux écoles Sudbury et aux « jardins d’enfants dans la forêt ».

Je précise pour mes lecteurs qui ne vivent pas ici que l’école est payante pour les expatriés aux Émirats. Les écoles où vont les Occidentaux peuvent coûter de 4500 euros à 15 000 euros l’année, environ (plus le bus, l’uniforme, les livres…). L’employeur de mon mari couvre une partie des frais, et nous serions prêts à payer pour que notre fils puisse fréquenter une école s’inspirant d’une pédagogie qui nous convienne. Mais ça n’existe pas ici.

Donc, pour cette année, pas d’école pour N. Au programme : tours de Duplos, playgroup, livres, parc, plage et autres sorties natures. Je reviendrai sûrement vous tenir au courant !

Et chez vous, vous faites comment ?

 

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5 réflexions sur “Pourquoi notre fils n’est pas scolarisé

  1. Oupss parti vite.
    Donc oui c’est spécial le moyen orient pour ça, par contre j’aime mieux le système anglais que français rien que pour la confiance en soi. Chaque enfant est aussi différent et mes besoins divergent aussi.
    Pas de rush pour toi et profitez !

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  2. Bonjour

    Dans le cadre d’une enquête, je cherche des informations sur l’usage des logiciels pédagogiques/jeux/jouets connectés aux Emirats Arabes Unis. Pensez-vous que les jouets connectés, jeux connectés, sont présents aujourd’hui dans le pays où vous vivez pour les petits enfants ?
    Merci pour vos retours si vous en avez, cordialement,

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    • Bonjour. Je ne suis sans doute pas la meilleure personne pour en discuter, nous avons fait le choix de ne pas avoir de jouets électriques ou électroniques dans notre maison. Je suis sûre que ça doit exister, je vous conseille de poster votre question sur le groupe Facebook « Maman Abu Dhabi », d’autres mamans francophones pourront sûrement vous éclairer.

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