Pourquoi notre fils n’est pas scolarisé

Comme c’est la rentrée pour beaucoup, j’ai pensé que c’était l’occasion de vous parler de notre choix de ne pas scolariser N. Commençons par affirmer que cet article n’est pas du tout contre les familles qui envoient leurs enfants à l’école. Il en existe de très chouettes. Il y a des profs super (dont plusieurs dans ma famille) et des enfants qui s’épanouissent à l’école (j’en faisais partie et l’Homme aussi).  

Je pense que la non-scolarisation, qui peut prendre plusieurs formes (de l’école à la maison au unschooling), est une forme d’éducation intéressante en général, et plus encore dans notre cas de famille expatriée. Notre fils a trois ans et demi, et on nous demande régulièrement pourquoi il ne va pas à l’école ou en « nursery ».

Voici quelques-unes de nos raisons, et des liens vers les articles qui ont orienté notre choix.

Parce qu’on veut qu’il puisse jouer

Librement. Et beaucoup.

De plus en plus de spécialistes appellent à remettre le jeu au centre de l’enfance. On ne parle pas ici d’activités ludiques d’apprentissage mais bien du jeu libre, où l’enfant est immergé dans son propre monde et invente ses activités.

Pour diverses raisons, le jeu non-structuré devient chose rare. On en parle surtout aux États-Unis où le temps passé à jouer a drastiquement diminué au profit d’activités plus « académiques », visant à stimuler les enfants et à leur faire prendre de l’avance. Certaines écoles vont jusqu’à réduire ou supprimer les récréations en maternelle et en primaire pour se concentrer sur le programme. Certes, à cinq ans, les enfants savent lire et écrire. Mais des professeurs expérimentés s’alarment de voir que les enfants sont de plus en plus stressés, maladroits, impulsifs. Ils montrent moins d’imagination et de maturité émotionnelle que les enfants des générations précédentes. (article en anglais)

Des enfants de mon entourage fréquentent des écoles qui suivent le programme britannique ou américain à Abu Dhabi. Avant d’être acceptés dans leur école, ils ont dû passer une évaluation (et l’ont parfois ratée, comme ma petite voisine). Les journées commencent tôt et les récréations sont très réduites. Ils reviennent fatigués et ramènent parfois des devoirs. On parle d’enfants de quatre ou cinq ans.

Les jeunes enfants que je connais n’ont plus beaucoup de temps ni d’énergie pour jouer, alors que le jeu libre permet de développer des qualités comme la créativité, l’autonomie de la confiance en soi. (article en français)

Nous pensons que ces qualités-là, justement, seront de plus en plus valorisées à l’avenir. Nous préférons donc le laisser jouer et remettre l’apprentissage des chiffres et des lettres à plus tard !

Parce qu’on veut qu’il apprenne à son rythme

Petit exemple. Il y a environ un an, j’ai acheté des perles à enfiler pour N. Il avait l’âge indiqué sur l’emballage et je voulais l’aider à développer sa motricité fine. Fiasco total : il n’arrivait pas à enfiler les perles et était bien plus intéressé par une autre propriété des perles : ça roule… de préférence en dessous des meubles et des fauteuils! Comme j’en avais assez de marcher sur de grosses perles en bois partout dans l’appartement, je les ai mises de côté, déçue et inquiète. Manquait-il de stimulation ? Était-il en retard par rapport aux enfants de son âge ?

Il y a six mois, il a redemandé les perles, a facilement enfilé tout un collier et a même trié les perles par couleur quand je le lui ai demandé. Je n’ai rien fait à part l’emmener jouer au parc et à la plage. Il joue beaucoup à insérer des morceaux de bois dans des petits trous, à faire des brochettes de feuilles, à lancer des cailloux. Des jeux qui me semblent ennuyeux et peu stimulants, mais il ne s’en lasse pas. Et comme par miracle, il a développé tout seul sa motricité fine !

Ce n’est pas facile pour moi j’avoue, car j’aimerais qu’il dessine ou qu’il participe aux activités de son playgroup. Mais ça ne l’intéresse pas pour le moment, et j’ai la liberté de lâcher prise et de lui faire confiance. Cela serait beaucoup plus difficile pour un(e) prof qui a un programme à suivre, ou qui veut avoir un résultat à montrer aux parents à la fin de la journée d’école (chèrement payée à Abu Dhabi).

Parce qu’on veut éviter une formation académique précoce

Plus je lis d’articles et de livres sur les apprentissages des jeunes enfants, plus je suis convaincue que « le plus tôt n’est pas le mieux », et qu’il faut attendre le bon moment pour apprendre à lire et à compter à un enfant. C’est quoi, le bon moment ? Pour moi, dans l’idéal, ça serait quand l’enfant demande à apprendre. Cela voudrait dire qu’il a mis en place les bases intellectuelles lui permettant d’aborder cet apprentissage. (article très complet et intéressant en français ici)

Des études semblent montrer que la plupart des enfants sont intellectuellement prêts à apprendre à lire vers l’âge de sept ans, et que les enfants qui commencent les apprentissages académiques à cet âge-là sont légèrement avantagés par rapport à ceux qui commencent à cinq ans. (article en anglais).

Mais ici, dans la majorité des écoles, les enfants commencent les apprentissages académiques en maternelle, vers quatre ans. Une école britannique a conseillé à mes voisins de faire évaluer leur fille par un spécialiste, soupçonnant un trouble de l’attention parce qu’elle ne veut pas rester assise et suivre les leçons. C’est une gamine brillante, qui parle très bien sa langue maternelle et qui a appris l’anglais en quelques mois. Mais à cinq ans, la voilà labellisée comme ayant des difficultés à s’adapter.

 

Et si c’était le programme qui n’était pas adapté ? Sans nier l’existence du trouble TDAH, je trouve intéressant que le fait de repousser l’entrée à l’école d’un an réduise l’hyperactivité et l’inattention de 73 % chez les enfants, en particulier chez les garçons. (article en anglais)

Parce qu’on veut le socialiser en douceur

N. est de nature sociable et va spontanément vers toutes sortes de personnes. Si on est au parc, je peux m’asseoir sur un banc et il peut jouer indépendamment pendant de longues périodes. Il est très attaché à ses proches et ne les oublie pas même s’il ne les a pas vus depuis plusieurs mois.

Il commence à jouer avec plaisir avec les enfants qu’il connaît.

Par contre, il a tendance à se sentir dépassé dans un grand groupe d’enfants. Il devient nerveux et son comportement s’en ressent très vite. Comme je ne suis jamais loin, je peux intervenir pour le calmer, lui rappeler les règles, voire quitter les lieux si la situation dégénère. Je pense que son comportement social va continuer à s’améliorer avec l’âge, et je ne vois pas de raison de brusquer les choses pour le moment.

Parce qu’on veut le préparer le mieux possible au monde de demain

Et comment sera le monde de demain ?

Certains estiment que 60 % des métiers du futur n’ont pas encore été inventés. Aurons-nous un futur high-tech, des entreprises de télétravailleurs sans hiérarchie, des robots, des voitures qui volent ?

D’autres pensent que la fin des énergies fossiles et le changement climatique causeront des guerres, des catastrophes écologiques, des crises économiques et qu’on reviendra à l’âge de pierre. On peut penser, comme ma grand-mère adorée, « qu’ils » inventeront « quelque chose » pour régler tout ça et que tout continuera comme avant. Ou on peut essayer de construire sa résilience, par exemple via les initiatives des villes en transition.

En tout cas, la vie sera très différente, et je pense qu’en favorisant la créativité, l’autonomie et la confiance en soi chez les adultes de demain, ils auront plus de chances de s’adapter et de vivre une vie heureuse.

Si l’on en croit Sir Ken Robinson dans son célèbre discours sur « comment l’école tue la créativité », l’école telle que nous la connaissons a été créée dans le but de former des travailleurs capables de s’adapter à une société industrielle. On leur apprend à obéir, à retenir par cœur, à travailler selon un modèle pré-défini… C’était certainement utile au vingtième siècle et l’éducation obligatoire pour tous a été un énorme progrès pour la société. Mais ces méthodes ont-elles encore du sens aujourd’hui ?

On peut choisir de parier sur le fait que l’éducation traditionnelle continuera à ouvrir des portes à nos enfants à l’avenir. Malheureusement, on observe déjà qu’un « bon diplôme » est de moins en moins synonyme de réussite et d’épanouissement.

On peut aussi choisir d’essayer d’autres styles d’écoles et de pédagogies. Il est pour moi très révélateur que les pontes de la Silicon Valley envoient leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf. (article en français ici)

Parce qu’on n’a pas vraiment le choix

Depuis que je m’intéresse à l’éducation, j’ai découvert des pédagogies qui répondraient à tous mes critères : une grande place accordée au jeu libre, à l’art, à l’imagination, le respect du rythme et de la personnalité de l’enfant, l’introduction tardive des sujets académiques.

Je pense notamment aux écoles Steiner-Waldorf, aux écoles Sudbury et aux « jardins d’enfants dans la forêt ».

Je précise pour mes lecteurs qui ne vivent pas ici que l’école est payante pour les expatriés aux Émirats. Les écoles où vont les Occidentaux peuvent coûter de 4500 euros à 15 000 euros l’année, environ (plus le bus, l’uniforme, les livres…). L’employeur de mon mari couvre une partie des frais, et nous serions prêts à payer pour que notre fils puisse fréquenter une école s’inspirant d’une pédagogie qui nous convienne. Mais ça n’existe pas ici.

Donc, pour cette année, pas d’école pour N. Au programme : tours de Duplos, playgroup, livres, parc, plage et autres sorties natures. Je reviendrai sûrement vous tenir au courant !

Et chez vous, vous faites comment ?

 

Pourquoi j’ai caché (presque) tous les jouets de mon fils

Mon fils a deux ans et trois mois. Voilà tous les jouets qu’il possède.

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Ces jouets se trouvent dans une valise, la valise sous le lit, et je ne l’ouvre que toutes les deux semaines.

Avant, les jouets de N. étaient tous rangés dans sa chambre et dans la bibliothèque du salon, à des endroits accessibles pour lui. Il y a quelques mois encore, je pensais qu’un enfant n’avait jamais assez de jouets… Alors que j’essaie de désencombrer notre vie dans tous les domaines, ma quête de simplicité s’arrêtait aux portes de la chambre de N. Nous voulons tous ce qu’il y a de meilleur pour notre enfant, non ? Et puis, en tant que maman au foyer, j’espérais trouver LE jouet qui l’occuperait assez pour que j’aie un peu de temps libre, vous savez, pour prendre une douche, aller aux toilettes SEULE, regarder Facebook. Mais même les nouveaux jouets qu’il semblait apprécier en magasin le lassaient très vite une fois à la maison. Il jouait toujours avec les mêmes choses, et jamais assez longtemps pour que je puisse faire quoi que ce soit. Frustrant.

Un jour, une amie a partagé sur un réseau social l’histoire de Hattie Garlick, qui a vécu un an sans rien dépenser pour son fils de deux ans. Elle a décidé de ne plus acheter de nourriture spécialement conçue pour les enfants, ni de vêtements, ni de jouets, et de ne plus lui payer de cours ou d’activités.

Même si cela me paraissait extrême, cette expérience faisait résonner quelque chose en moi et j’ai été voir le blog. Je l’ai lu du début à la fin, comme on dévore un bouquin ! Bien sûr, Hattie peut relever ce défi parce qu’elle soutenue par sa famille et ses amis qui lui donnent des vêtements et des jouets dont ils n’ont plus besoin, elle est dans une communauté Freecycle assez active etc… Mais ce qui m’a le plus frappée dans son témoignage, c’est que son fils s’est à peine rendu compte du changement.

Cette lecture a fait germer une graine en moi. J’ai réalisé que je ne m’étais pas vraiment posé de questions sur la manière dont je voulais élever mon enfant. La démarche d’Hattie me semblait bien plus proche de ce à quoi j’aspirais, et j’ai continué à m’informer sur la simplicité volontaire dans le domaine de l’éducation.

En même temps que je lisais ce blog, je cherchais des idées pour aménager la nouvelle chambre de N. Une amie m’a orientée vers les chambres d’inspiration Montessori, qui m’ont tout de suite séduites par leur aspect chaleureux et naturel. Je dois dire que j’avais des doutes par rapport au matelas sur le sol, par rapport au bon vieux lit à barreaux. Est-ce que N. allait toujours faire ses nuits et ses siestes, s’il était libre d’entrer et de sortir du lit ?

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Non seulement il dort toujours aussi bien, mais il lui arrive d’aller se coucher seul, s’il est fatigué. Et il ne hurle plus dès son réveil. La plupart du temps, il va jouer un peu tout seul avant de nous appeler.

À partir de là, je me suis intéressée à la pédagogie Montessori et ensuite à la pédagogie Steiner. Cette dernière me parle beaucoup car on y apporte une grande importance à l’imagination, à la créativité et au rapport avec la nature. Ayant étudié l’allemand, je connaissais l’existence des écoles Steiner-Waldorf, j’avais entendu parler de biodynamie et de médecine anthroposophique et j’utilisais les produits Weleda. Mais je n’avais pas réalisé qu’il s’agissait d’une philosophie de vie dont on pouvait appliquer les principes dès le plus jeune âge.

J’ai acheté plusieurs livres sur l’éducation d’inspiration Steiner, et petit à petit nos journées ont changé. Le changement tient en deux mots : rythme et simplicité.

Tout d’abord, j’ai travaillé à instaurer un rythme dans les journées. Voilà à quoi ressemble une journée typique : après le petit déjeuner, nous jouons un peu ensemble et puis je fais les tâches ménagères. S’il reste du temps avant le repas de midi, je sors les crayons ou la pâte à modeler. Après le repas, c’est l’heure de la sieste. Ensuite, nous allons jouer dehors pendant une à deux heures. De retour dans l’appartement, on prend le bain et puis s’il reste du temps il a le droit de regarder des dessins animés jusqu’au retour de papa. On mange ensemble et puis dodo ! Parfois, on invite un ami ou on va en ville le matin, mais en général on passe pas mal de temps à la maison.

De prime abord, cette routine peut sembler peu stimulante pour un bébé. Et rétrograde pour moi, qui n’avais pas imaginé me transformer un jour en Madame Fée du Logis ! Mais plus je la pratique, plus je suis convaincue de son efficacité. Déjà au point de vue discipline. N. faisait régulièrement des crises au moment du coucher ou du bain, et réclamait à manger en dehors des repas. Il est beaucoup plus calme et coopératif maintenant qu’il sait à quoi s’attendre. Et surtout, il a appris à se poser et à jouer pendant les moments où je suis occupée.

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La vie est aussi plus facile pour moi depuis que je considère les tâches ménagères comme des activités éducatrices à part entière. Je pensais que ma responsabilité était de distraire  N. et de le stimuler le plus possible, et je culpabilisais de ne pas avoir de plaisir à jouer avec lui ou de lui raconter « Tchoupi va à la plage » pour la quarantième fois. En fait, il est tout aussi content de m’observer faire la vaisselle ou étendre le linge, et il adore « m’aider » à nettoyer les fenêtres ou à mettre la table.

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Bon, c’est bien joli tout ça, il fait la vaisselle et tout, mais cela n’explique pas pourquoi j’ai caché ses jouets dans la valise sous le lit !

L’autre changement que la pédagogie Steiner-Waldorf a apporté dans mon quotidien, c’est la simplicité. J’ai désencombré le coffre à jouets. En fait, tous les jouets fonctionnant avec des piles ont quitté notre maison (pour le plus grand bonheur de mes oreilles), ainsi que pratiquement tous les jouets en plastique. N. n’a rien remarqué. J’ai gardé les jouets dont je ne pouvais pas me séparer pour des raisons sentimentales, ceux qui ne l’intéressent pas pour le moment mais qu’il aimera certainement plus tard et ceux que lui adore ! Malgré tout, beaucoup de ces jouets font double emploi. Je pense qu’il avait du mal à jouer parce qu’il avait trop de choix. Depuis que je cache ses jouets et que je ne lui laisse qu’une petite sélection, il joue vraiment plus longtemps et de façon plus élaborée.

Voilà la sélection actuelle.

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Et du coup, on achète plus de jouets alors ? On n’est pas des parents indignes quand même, regardez le magnifique cadeau que N. a reçu pour son anniversaire. Sans hésiter un des meilleurs cadeaux qu’il ait reçu, il s’en sert tout le temps !

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Si vous connaissez la pédagogie Steiner-Waldorf, vous aurez remarqué que je ne l’applique pas de façon puriste. N. a quelques jouets en plastique, comme les Duplos, et je le laisse regarder un peu la télévision. L’aspect légèrement dogmatique de cette pédagogie peut rebuter certaines personnes, et les jouets spécifiquement Steiner sont magnifiques mais pas à la portée de toutes les bourses. Je compte bien approfondir mes connaissances sur les pédagogies alternatives et revenir régulièrement en parler sur ce blog, au fil des découvertes et des expériences réussies.

Si vous ne connaissez pas la pédagogie Steiner-Waldorf et que vous voulez en savoir plus sur le sujet, mon livre préféré sur le sujet est « You Are Your Child’s First Teacher » de Rahima Baldwin Dancy. Pour autant que je sache, il n’a pas été traduit en français et c’est bien dommage (à propos, je rappelle que je suis traductrice… Juste au cas où un éditeur passerait par ici !).

Et chez vous, ça se passe comment pour les jouets ? Ça vous parle, la simplicité volontaire pour les enfants ?

Les commentaires sont ouverts 🙂

Histoires de portage

« Excusez-moi, votre bébé va étouffer si vous le portez comme ça. »

« Vous portez un chien dans cette écharpe ? Ah bon, c’est un bébé ? »

« Mais est-ce qu’il respiiiiire ? »

« Oh mais c’est un bébé ? Je croyais que tu étais enceinte !!! »

« Pourquoi tu le portes encore, à deux ans ? Laisse-le marcher ce petit gars ! »

« Il faut le mettre dans la poussette pour muscler son dos. »

Voilà des commentaires (véridiques !) entendus par des mamans qui portent leur enfant en écharpe ou en porte-bébé à Abu Dhabi. Ce n’est pas spécifique à Abu Dhabi, d’ailleurs ! J’ai reçu le même genre de commentaires en Belgique, mais aussi beaucoup d’intérêt et de conversations intéressantes, dont une avec une dame africaine qui trouvait ça très bien que des Européens se mettent au portage. En Irlande, dans le village de mon homme, j’ai même vu une voiture ralentir et me longer au pas pour observer mon fils dans son écharpe – ça c’était un peu flippant par contre.

Ce qui étonne le plus les gens, c’est que je porte encore mon fils régulièrement et pendant de longues périodes alors qu’il a deux ans. On me demande souvent si je n’ai pas mal au dos. Hé non ! Bon, j’avoue que mon fils est un petit format, il tient de sa famille irlandaise et compte parmi ses grands-oncles le sosie parfait de Bilbon le Hobbit. À part cet indéniable avantage d’origine génétique, je pense que c’est surtout dû au fait que j’utilise un porte-bébé physiologique.

Enceinte, je n’imaginais pas qu’il puisse exister de porte-bébés non physiologiques. J’acheté une écharpe de portage «sans nœud » et l’Homme a acheté un porte-bébé (d’une marque connue que je ne citerai pas) car il voulait porter notre fils lui aussi, mais trouvait l’écharpe trop « féminine ». Quand le Bébé a eu six mois, l’écharpe sans nœud a commencé à montrer ses limites et j’ai dû la ranger à contre-cœur, car elle n’était plus confortable. Je la garde précieusement pour le prochain bébé, car elle me rappelle de nombreux et joyeux souvenirs.

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J’ai donc essayé le porte-bébé de mon mari pour la première fois et là, j’ai compris à quel point mon homme était un bon père. Il avait souvent porté notre fils  sans se plaindre ni faire la grimace, et ce depuis six mois avec un véritable engin de torture ! Pas moyen de le régler pour trouver une position confortable, ça tirait sur la nuque, et après cinq minutes de marche, j’avais plus mal au dos qu’en neuf mois de grossesse.

En rentrant de cette balade, nous avons décidé d’investir dans un porte-bébé confortable. En effet, après six mois de portage, je ne me voyais pas m’encombrer d’une poussette au quotidien – nous en avions une que je sortais pour me balader dans le village une à deux fois par semaine. Elle n’était pas complètement inutile, puisque mon chat aimait beaucoup y dormir. Mais faire mes courses avec une poussette ? Aller au marché ou visiter les brocantes en slalomant entre les gens et en escaladant les trottoirs ? Faire des randonnées dans les forêts boueuses de ma Belgique natale et devoir nettoyer la poussette en rentrant ? Trop compliqué pour moi ! Je ne suis pas une maman porteuse parce que je pense aux effets bénéfiques du portage sur l’attachement, les pleurs ou l’allaitement. Je porte surtout parce que je suis une maman paresseuse, hé oui !

C’est ainsi que notre porte-bébé Manduca est entré dans notre vie, et il ne nous a pas quitté depuis. Je pensais que je ne l’utiliserais pas à Abu Dhabi à cause de la chaleur, mais je ne me rendais pas compte avant de venir qu’il est presque impossible de passer du temps à l’extérieur avec un bébé en été, que ce soit avec un porte-bébé ou avec une poussette ! Je porte encore le Bébé deux ou trois fois par semaine, quand je suis seule avec lui. La poussette, c’est quand papa est là pour pousser !

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Le mois passé en rando à Oman.

Jusqu’à récemment, on trouvait difficilement des porte-bébés physiologiques à Abu Dhabi. Si vous en cherchez un d’occasion, je vous conseille de vous inscrire au groupe Facebook UAE Babywearing and Cloth Diaper Network (anglophone). Si vous avez des doigts de fée, pourquoi ne pas choisir un beau tissu et vous lancer dans la confection d’un porte-bébé chinois ou autre ?

Ou alors, vous pouvez aller essayer des porte-bébé de toutes les couleurs dans le nouveau magasin Mamis Exclusive, que Lorena et Yesika viennent d’ouvrir à Al Seef Village Mall (premier étage).  Je cède la parole à Lorena, l’une des fondatrices du magasin.

Comme c’est la première fois que je parle d’un commerce, j’en profite pour préciser que tous les articles de ce blog sont écrits sans contre-partie financière ou autre 😉

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– Lorena, qui es-tu, d’où viens-tu et que fais-tu à Abu Dhabi ?

– Je suis Lorena, j’ai 31 ans et je viens d’Espagne. J’ai emménagé à Abu Dhabi en septembre 2006, je pensais travailler comme jeune fille au pair pendant neuf mois et puis retourner à Barcelone, mais j’ai rencontré mon mari et huit ans après, je suis toujours là ! Nous avons deux garçons adorables, Jorge a quatre ans et Marc a un an.

– Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de créer Mamis ?

– Quand j’attendais Jorge, je ne trouvais pas de jolis vêtements à porter, ou alors juste une ou deux robes et des leggings noirs, et c’est tout. Et pour trouver des vêtements et des soutiens-gorge d’allaitement, c’était encore pire !

Je m’intéressais au portage mais je n’avais trouvé qu’une seule écharpe, et le tissu était trop épais pour l’été. Quand Marc est né, je me suis retrouvée face aux mêmes problèmes et c’est alors que j’ai décidé de faire quelque chose. J’en ai discuté avec mon amie Yesika et nous nous sommes mises d’accord pour créer Mamis.

– Que trouve-t-on chez Mamis que l’on ne trouve pas dans d’autres magasins ?

Vous pouvez trouver un grand nombre de porte-bébés physiologiques et les essayer. Nous avons aussi des colliers de portage et d’allaitement et des amigurumis ( des jouets fabriqués dans une laine spécialement adaptée aux bébés ). Nous avons de très beaux vêtements de grossesse et d’allaitement et de la lingerie féminine !

– Que conseillerais-tu à une maman qui s’intéresse au portage ?

– Tout d’abord, je lui recommanderais de s’informer sur l’importance d’utiliser un porte-bébé physiologique et sur les règles de sécurité qui s’appliquent au portage. Je pense que l’idéal serait de discuter avec une maman qui a l’expérience du portage, et il existe des vidéos qu’elle pourrait regarder aussi… Elle doit décider quel porte-bébé répond le mieux à ses besoins, donc je pense que c’est très important qu’elle puisse en essayer plusieurs avant de choisir lequel acheter.

– Ton mot de la fin ?

J’ai commencé à porter Jorge il y a quatre ans, mais je ne le faisais pas très souvent. J’ai commencé à porter Marc à sept jours (après une césarienne) et maintenant qu’il a quatorze mois je le porte toujours plusieurs heures tous les jours ! J’adore le porter !

Voici quelques photos du magasin :

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IMG_0476 Et vous, le portage, ça vous parle ? Ou pas ?

Mon travail de « Nanny »

Sept heures, je me lève et je prépare le petit-déjeuner pour mon sponsor et le Bébé. Quand mon sponsor part travailler, je débarrasse la table, je fais la vaisselle et je nettoie la cuisine. Ensuite, j’habille le Bébé et je fais une petite activité avec lui. À presque deux ans, il aime beaucoup les livres et les chansons. L’activité « Pots et Casseroles » rencontre elle aussi un succès certain. Comment, vous ne connaissez-pas cette activité ? Elle est très simple :

UN BÉBÉ + UN PLACARD À CASSEROLES = Des heures d’amusement !

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Neuf heures, je commence les tâches ménagères. Avec un enfant et un chat qui perd ses poils, il faut nettoyer souvent ! J’ai un planning hebdomadaire avec les objectifs à atteindre ; repassage, nettoyage, rangement, préparation des repas… En tout, j’y consacre deux à trois heures par jour.

Onze heures, l’heure d’une autre activité avec le Bébé. On sort la poussette pour se promener jusqu’à une plaine de jeu, on dessine, on fait de la pâte à modeler (il sait faire des « ballons » et des « serpents »). Parfois, je ne suis pas inspirée et on descend tout simplement jouer dans le jardin. Pas besoin de beaucoup de jouets avec lui, il trouve toujours quelque chose à faire s’il y a de la terre à creuser, transvaser, jeter dans le vent … et si par bonheur les jardiniers ont laissé une flaque dans laquelle se rouler et faire de la boue, alors là c’est l’extase !

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Entre midi et une heure, on mange, et puis c’est l’heure de la sieste. J’ai l’impression de n’avoir pas fait grand chose, et pourtant il m’arrive de me mettre au lit moi aussi, tellement le Bébé m’a pris d’énergie ! Sinon, je profite de ce moment de calme pour avancer dans le repassage ou dans la préparation du repas du soir.

Entre trois heures et quatre heures, le Bébé se réveille et prend son goûter. Ensuite, il m’apporte ses chaussures et se met à râler si je ne vais pas assez vite. C’est qu’il est l’heure de sortir jouer dehors, pas question de traîner, il veut retrouver ses copains ! Nous descendons donc au jardin rejoindre mes collègues, les autres nannies* de l’immeuble.

Au début, je n’osais pas leur parler, mais le fait de s’occuper d’enfants qui jouent ensemble, ça rapproche ! Pendant qu’on surveille les enfants, on bavarde. Enfin, sauf avec une, qui ne nous parle que quand elle est sûre qu’on ne la voit pas depuis l’immeuble. En effet, ses employeurs lui ont interdit de parler aux autres nannies.

Au fil de nos discussions, j’ai réalisé que j’étais la mieux lotie de toutes. Déjà, avec mes 2000 dirhams (400 EUR) mensuels, je suis de loin la mieux payée. Une de mes collègues ne gagne que 800 dirhams par mois, et elle n’en voit même pas la couleur car ses employeurs versent son salaire directement à sa famille. Elle a demandé à recevoir une partie de son salaire en liquide pour avoir de l’argent de poche. Apparemment, ce n’est pas possible.

Et puis, une fois que le Bébé est couché, je suis libre de faire ce que je veux de mes soirées. D’ailleurs, j’ai commencé à suivre des cours du soir deux fois par semaine. Figurez-vous que je suis la seule à avoir le droit de sortir librement le soir. Une de mes collègues peut sortir si elle demande la permission à ses sponsors et si elle dit où elle va et à quelle heure elle rentre. Les autres ne peuvent pas sortir le soir, point à la ligne.

Enfin, le weekend, je ne travaille pas. Il m’arrive de m’occuper du Bébé pour dépanner mon sponsor, mais pas de cuisine ni de ménage pour moi, il se débrouille – d’ailleurs c’est un excellent cuisinier. Je suis bien tombée tout de même, toutes mes collègues travaillent le weekend ! Elles aimeraient avoir au moins un jour de congé par semaine, et la loi leur donne ce droit, mais elles ont peur d’insister et d’être renvoyées au pays.

En fait, il y a juste une différence entre mes collègues et moi, même si on fait le même boulot. Je viens de Belgique et sur mon visa de résidence, il est écrit « housewife ». Mon sponsor, c’est mon mari. Le Bébé, c’est mon fils.

Elles viennent des Philippines, du Bangladesh et du Cameroun, et sur leur visa, il est écrit « maid ».

* Je ne donne pas le nom de mes collègues nannies. Deux d’entre elles ont des sponsors qui parlent français, et je ne voudrais pas qu’elles aient des problèmes à cause de ce blog.