Porter le futur

 

Parmi les nombreuses belles rencontres que j’ai eu la chance de faire à Abu Dhabi, il y a Nicole.

Nicole est la maman de deux garçons de cinq et trois ans qui participent au même playgroup que Niall. Elle me fait souvent rire aux larmes avec ses histoires et ses remarques. Elle est toujours enthousiaste et pleine d’énergie pour organiser des sorties avec nos enfants.

Comme moi, elle trouve insupportable la situation des réfugiés qui cherchent à rejoindre l’Europe, mais on a eu une façon (très) différente de réagir. Les informations me perturbaient tellement que j’ai cessé de regarder les vidéos, photos ou articles, me sentant complètement impuissante. Nicole, elle, est du genre à mettre les mains dans le cambouis ! En janvier, elle a temporairement quitté homme et enfants pour aller sur le terrain, en Grèce, à l’aide des réfugiés.

Dans cet article elle nous raconte son expérience, et explique comment nous pouvons agir nous aussi.

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Comment as-tu pris la décision de quitter ta famille pour aller en Grèce ? Avais-tu déjà participé à des actions humanitaires ?

Mon mari m’a beaucoup soutenue dans mon souhait de travailler avec CTF (Carry the Future). En fait, il a accepté immédiatement, ce qui ne lui ressemble pas du tout. Je lui ai demandé pourquoi il acceptait aussi facilement que je m’engage à partir on ne sait où pour on ne sait combien de temps. Il m’a répondu que depuis plusieurs mois, je ne faisais que parler, lire et faire des recherches sur la crise des réfugiés. Il me connaissait assez pour savoir que je devais faire quelque chose. Il fallait que j’agisse physiquement, d’une façon ou d’une autre.

J’avais eu de petites expériences d’action humanitaire auparavant, mais rien ne m’avait amenée aussi près de la guerre et des personnes touchées par elle. Il y a une dizaine d’années, j’ai fait plusieurs voyages de volontariat aux États-Unis, ainsi que des missions dans deux pays étrangers. Mon expérience m’avait un petit peu préparée à l’épuisement que j’allais ressentir, et aussi au fait que j’allais voir des choses qui allaient me surprendre et m’attrister.

Pourquoi as-tu choisi cette organisation en particulier, et comment ton expérience s’est-elle déroulée sur le plan pratique ?

Il y a beaucoup d’excellentes organisations actives sur le terrain à l’instant même. Je me suis intéressée à CTF parce que c’est une maman qui a fondé l’organisation, et que cette dernière aide des bébés, des jeunes enfants et des familles. Quand j’ai le choix, j’essaie de concentrer mes efforts et mes dons pour soutenir les familles. CTF correspondait à tout ce que je recherchais.

Mi-décembre 2015, CTF a fait un appel à candidatures sur sa page Facebook. L’organisation cherchait des personnes qui voulaient distribuer bénévolement des porte-bébé en Grèce et ailleurs. J’ai complété un formulaire Google Doc depuis mon ordinateur. Deux semaines après, j’ai été invitée à rejoindre la troisième équipe de CTF, qui partait à Athènes mi-janvier. Presque toutes les communications de notre équipe se sont faites au sein d’un groupe Facebook sécurisé. Cela nous a permis de discuter des questions de logistique du voyage, des dépenses, des attentes etc. Je faisais partie d’une équipe de neuf femmes qui a travaillé à Athènes pendant dix jours.

Qu’as-tu apporté en Grèce ?

On demande aux bénévoles qui s’occupent de la distribution pour CTF de ne prendre qu’un bagage de cabine et d’utiliser leur forfait de bagages en soute pour transporter des sacs remplis de porte-bébés et d’autres objets utiles. Notre équipe a amené plus de 20 sacs de porte-bébés à Athènes. Beaucoup d’entre-nous avaient aussi apporté des petits jouets de poche pour les enfants, des tétines et de la nourriture non-périssable (comme des noix et des barres de céréales), que nous avons distribué aux familles rencontrées.

Parle-nous des premiers réfugiés que tu as rencontré à ton arrivée. Quel était leur état d’esprit, et le tien ?

La première famille que j’ai rencontrée… Je ne l’oublierai jamais. Au milieu du chaos du débarquement du ferry, j’ai salué une maman. Elle avait trois jeunes enfants. Son mari était parti en avant, il courait pour suivre le groupe et leur réserver des places dans un bus à destination de la Macédoine. Elle voulait un porte-bébé pour son plus jeune, mais elle avait du mal à suivre le groupe, et ses deux autres jeunes enfants refusaient de marcher plus loin. Je lui ai dit « Yalla » (« Allons-y » en arabe), j’ai pris le plus jeune des enfants dans mes bras et j’ai donné mes sacs à ma partenaire de l’équipe. D’abord, la maman m’a regardée avec inquiétude et méfiance. J’ai fait comme n’importe quelle quelle maman : je l’ai regardée dans les yeux, j’ai souri et j’ai regardé en direction du bus. « Tout va bien. Je vais vous aider. Je suis une maman ». J’ai attendu qu’elle réponde, tout en priant silencieusement qu’elle comprendrait que j’étais là pour l’aider, et non pour profiter d’elle, comme tant d’autres l’avaient fait jusqu’ici. Elle a attrapé la main du plus âgé des enfants et nous sommes parties en direction du bus.

Nous avons couru pendant cinq minutes pour rattraper le groupe: la maman, le bébé, les deux bambins, et nous deux, les mamans américaines. Une fois au bus, quand la famille a été réunie, nous avons équipé la mère et le père d’un porte-bébé et d’un porte-enfant pour les aider pendant la suite de leur voyage.

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Une fois arrivés en Grèce, où vont les réfugiés, et qu’espèrent-ils ?

La plupart des personnes avec lesquelles nous avons parlé en janvier venaient des îles grecques et allaient en Allemagne. À la différence de la Turquie ou des autres pays sur leur route, l’Allemagne offrait des visas de travail aux réfugiés. Ils espéraient pouvoir travailler pour subvenir aux besoins de leur famille, et remettre leurs enfants à l’école.

Notre équipe les rencontrait au port des ferrys, au débarquement du bateau. La plupart des réfugiés syriens, afghans et irakiens se rendaient immédiatement à un bus à cinq minutes du bateau. Ces bus allaient en Macédoine. À ce moment-là, passer par la Macédoine était la meilleure façon d’aller en Europe (de l’Ouest n.d.l.t.).

Comment la population grecque réagit-elle à l’arrivée des réfugiés, étant donné qu’elle subit elle-même une crise économique très dure ?

J’ai plein d’histoires de Grecs qui font du bénévolat depuis des années pour aider les réfugiés. En raison de sa géographie, la Grèce accueille des réfugiés depuis longtemps. Nous avons rencontré tellement de Grecs qui consacrent le plus clair de leur temps libre à aider les réfugiés bénévolement. Mais il semble que beaucoup d’autres personnes commencent à en avoir assez de l’afflux constant de réfugiés, et des besoins qui semblent ne jamais se tarir. Un chauffeur de taxi nous a dit qu’au lieu d’aider les réfugiés, nous ferions mieux d’aller arrêter la guerre. Bien qu’il ait raison, je sais que je ne peux pas arrêter la guerre. Mais je peux aider une maman. Un papa. Un enfant.

Selon certaines rumeurs, la plupart des réfugiés sont des jeunes hommes. Que peux-tu nous dire à ce sujet ?

Cette rumeur me met hors de moi parce que non seulement elle est fausse, mais en outre, elle nuit aux femmes et aux enfants qui sont en route. En janvier et février, plus de cent mille réfugiés ont fait le voyage entre la Turquie et la Grèce. La moitié d’entre eux sont des enfants. La moitié. Cinquante mille. C’est ce que j’ai vu au port d’Athènes. Beaucoup de familles étaient en route pour retrouver un membre de la famille (souvent le père) qui avait déjà fait le voyage et leur avait demandé de le rejoindre. Les hommes que j’ai rencontré étaient tellement gentils, patients et serviables. Ils faisaient la traduction pour tous ceux qu’ils pouvaient aider autour d’eux. Ils attendaient patiemment qu’on les aide. Ils accordaient beaucoup d’attention aux enfants. Un grand-père a même plaisanté, nous disant qu’il était encore assez jeune et fort pour porter un enfant, et de lui donner le porte-bébé. Enfin, même si la plupart des réfugiés étaient des jeunes hommes, je dirais « Et alors ? », les hommes n’ont-ils pas le droit d’être aidés, de travailler, ou d’échapper à la guerre ?

Maintenant que tu es rentrée depuis quelques semaines, est-ce que tu penses encore à ton expérience ? Qu’est-ce qui t’a marquée ?

J’avais tellement de questions en tête quand je suis rentrée à la maison. Pourquoi ces personnes ne restent-elles pas en Turquie ? Combien paient-elles les trafiquants pour embarquer dans les canots pneumatiques ? Où passent-elles la frontière entre la Syrie et la Turquie ? Serait-il possible d’apporter une aide comme la nôtre au Liban, en Turquie, ou en Jordanie ?… Et tellement d’autres questions. C’est devenu une petite obsession. Mais je pense que c’est ainsi que cela doit être. Une fois qu’on se rend compte que des êtres humains sont dans le besoin, vraiment dans le besoin, on ne peut plus détourner les yeux. On doit réagir, et trouver de meilleures façons d’aider, et faire passer le message, et continuer à faire ce qu’on est capable de faire. J’ai fait des recherches sur beaucoup de façons d’agir, et pour le moment, mon choix s’est porté sur CTF. Étant donné que j’habite aux Émirats, je ne suis qu’à quelques heures d’avion d’Athènes et je peux distribuer des porte-bébés. Voilà une chose que je peux faire.

Je n’oublierai jamais un homme avec qui j’ai discuté environ cinq jours après mon arrivée. Je pensait à ce moment-là que j’avais vu tout ce qu’il était possible de voir, mais j’avais tort. Un jeune homme est venu près de moi et m’a demandé où il était. Je lui ai dit : « Mon ami, bienvenue à Athènes ». Il ne m’a pas crue et m’a posé la question à nouveau. Je lui ai répondu la même chose. Il a montré le sol du doigt et a demandé où il était. Je lui ai dit « Félicitations, mon ami, tu y es. Tu es en Grèce ». Il avait les larmes aux yeux. Il est resté là, me fixant du regard en ne pouvant pas croire qu’il se trouvait sur le continent européen. Nous avons discuté quelques minutes de plus dans un mélange d’arabe et d’anglais, car il voulait s’assurer qu’il était enfin dans un pays où il était en sécurité.

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Tu repars en avril. Comment pouvons-nous t’aider ?

Si vous voulez m’aider directement, vous pouvez vous faire un don sur le site www.carrythefuture.org. La distribution d’un porte-bébé, du lieu de collecte à une famille, coûte environ 5 dollars.

De façon plus générale, pour répondre à la crise des réfugiés, il faut des bénévoles, des dons, et que vous disiez à vos gouvernements de laisser entrer ces personnes. Mais je voudrais insister sur le fait que les gens doivent faire ce qui leur convient. Vous avez l’habitude de faire des dons d’argent ? Faites-le ! Il faut de l’argent pour aider les réfugiés. Vous aimez récolter des dons en nature ? Faites-le ! Vous priez ? Allez-y ? Vous faites quelque-chose d’autre d’extraordinaire, que je ne peux pas imaginer ? Faites-le ! Vous n’avez pas besoin d’être parfait dans ce domaine. Vous n’avez pas besoin d’être un expert. Faites juste un pas dans la direction d’aider. J’ai rempli une candidature en ligne… et regardez où cela m’a menée.

À part Carry the Future, pourrais-tu nous recommander d’autres organisations à soutenir, celles que tu as vues sur le terrain ?

Il semble y avoir une organisation active dans presque n’importe que type d’aide que l’on puisse imaginer. Voici une liste de quelques organisations pour lesquelles j’ai du respect (cliquez sur la description pour accéder au lien) :

Soup Port : Distribution de soupes chaudes et des boissons aux réfugiés 

Nurture Project International : Création de tentes « Conseil Mamans et Bébés » dans les camps de réfugiés établis ou temporaires, pour donner des conseils sur l’allaitement et la nutrition des jeunes enfants. L’organisation organise aussi le stockage et la distribution de lait maternel dans de bonnes conditions d’hygiène. 


The Dirty Girls of Lesvos : collecte, nettoyage et redistribution ou recyclage des vêtements des réfugiés à leur arrivée sur l’île de Lesvos.

Samaritin’s Purse : Organisation qui aide les personnes dans le besoin partout dans le monde, et notamment les réfugiés.

Are You Syrious : Organisation qui fournit de l’aide (principalement des abris) aux réfugiés dans les camps.

Allaiter en public à Dubaï, l’expérience d’une maman

Laura, la trentaine, est la maman d’un Trottineur de deux ans et d’un bébé né en avril 2015. Dans son blog Life with Baby Kicks, elle raconte son quotidien d’expatriée à Dubaï. 

À l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement, je vous propose une traduction de son article « Public Breastfeeding in Dubai ».

« Macierzynstwo 1905 » by Stanisław Wyspiański – http://www.pinakoteka.zascianek.pl. Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Macierzynstwo_1905.jpg#/media/File:Macierzynstwo_1905.jpg

Allaiter en public à Dubai, une expérience positive

Après mon article d’hier sur mes débuts dans l’aventure de l’allaitement, je souhaite m’attaquer aujourd’hui au mythe qui voudrait que l’allaitement en public soit mal vu à Dubaï. Non seulement l’allaitement en public y est accepté, mais l’allaitement en général est mis en valeur.

Dubaï, contrée musulmane, exige que l’on s’habille de façon appropriée et respectueuse. C’est à dire qu’il faut couvrir les épaules et les genoux. Cela étant, beaucoup de personnes pensent, à tort, qu’allaiter en public à Dubaï serait totalement inapproprié. Elles ne pourraient pas être plus loin de la vérité.

En réalité, le Coran dit que les enfants devraient être nourris au sein jusqu’à l’âge de deux ans (un texte religieux qui rejoint les recommandations de l’OMS !), ce qui rend les pays musulmans très pro-allaitement.

Et les mères qui veulent donner un allaitement complet, allaiteront leurs bébés deux ans complets.

Sourate Al Baqara, verset 233

C’est grâce à ce verset que mon aventure de l’allaitement à Dubaï a été incroyable, tout simplement. Les gens me regardent dans les yeux et me sourient pendant que j’allaite. Les gens mettent tout en œuvre pour me donner une place assise. Dans l’aire de jeu, si le bébé a besoin d’être allaité, le personnel garde un œil sur le Trottineur (et le fait généralement courir partout et l’épuise, situation gagnant-gagnant).

Bien que, cela dit, je préfère allaiter dans un café, surtout pour que je puisse me faire plaisir avec un café et un gâteau, le fait d’être avec le Trottineur signifie que j’allaite en général dans une aire de jeu. Je ne sais pas quel crime j’ai commis dans une vie antérieure pour que les aires de jeu jouent un rôle si important dans celle-ci,mais je m’écarte de mon sujet.

J’ai choisi d’utiliser un châle d’allaitement, parce que je suis la personne la moins gracieuse qui soit, et que je ferais probablement gicler du lait dans vos yeux si je n’en avais pas. Mais le châle d’allaitement n’est pas une obligation. Je connais beaucoup de dames qui ne sont pas affligées de ce gène disgracieux et qui allaitent sans châle avec discrétion. Il y a aussi celles auxquelles je voudrais ressembler, qui allaitent dans leur porte-bébé en vaquant à leurs tâches quotidiennes. J’aimerais que quelqu’un m’apprenne comment faire, comme cela fait presque trois ans que j’essaie sans succès. Merci de laisser vos conseils dans les commentaires, j’utilise un Ergo si ça change quelque chose.

Ici, l’allaitement est normal. L’allaitement est encouragé. L’allaitement est tout simplement un fait de la vie courante. Il n’y a ni commentaires négatifs, ni regards en coin, j’adore. Et je suis triste que des personnes doivent subir ceux-ci dans d’autres parties du monde.

Je suis tout aussi triste de penser que des personnes évitent de venir à Dubaï parce qu’elles ont des craintes non-fondées sur l’allaitement. Rassurez-vous ! Vous ne ferez face à aucune attitude négative. Allaiter en public vous met mal à l’aise ? Eh bien. Nous avons certaines des meilleures et plus confortables salles d’allaitement qui existent. N’allez pas imaginer une chaise en plastique dans les toilettes, ici. Pas à Dubaï.

Dubaï, paradis de l’allaitement.

Article original : http://www.lifewithbabykicks.com/2015/08/world-breastfeeding-week-public-breastfeeding-in-dubai.html

Traduction : Anne-Sophie Ronvaux