Pourquoi notre fils n’est pas scolarisé

Comme c’est la rentrée pour beaucoup, j’ai pensé que c’était l’occasion de vous parler de notre choix de ne pas scolariser N. Commençons par affirmer que cet article n’est pas du tout contre les familles qui envoient leurs enfants à l’école. Il en existe de très chouettes. Il y a des profs super (dont plusieurs dans ma famille) et des enfants qui s’épanouissent à l’école (j’en faisais partie et l’Homme aussi).  

Je pense que la non-scolarisation, qui peut prendre plusieurs formes (de l’école à la maison au unschooling), est une forme d’éducation intéressante en général, et plus encore dans notre cas de famille expatriée. Notre fils a trois ans et demi, et on nous demande régulièrement pourquoi il ne va pas à l’école ou en « nursery ».

Voici quelques-unes de nos raisons, et des liens vers les articles qui ont orienté notre choix.

Parce qu’on veut qu’il puisse jouer

Librement. Et beaucoup.

De plus en plus de spécialistes appellent à remettre le jeu au centre de l’enfance. On ne parle pas ici d’activités ludiques d’apprentissage mais bien du jeu libre, où l’enfant est immergé dans son propre monde et invente ses activités.

Pour diverses raisons, le jeu non-structuré devient chose rare. On en parle surtout aux États-Unis où le temps passé à jouer a drastiquement diminué au profit d’activités plus « académiques », visant à stimuler les enfants et à leur faire prendre de l’avance. Certaines écoles vont jusqu’à réduire ou supprimer les récréations en maternelle et en primaire pour se concentrer sur le programme. Certes, à cinq ans, les enfants savent lire et écrire. Mais des professeurs expérimentés s’alarment de voir que les enfants sont de plus en plus stressés, maladroits, impulsifs. Ils montrent moins d’imagination et de maturité émotionnelle que les enfants des générations précédentes. (article en anglais)

Des enfants de mon entourage fréquentent des écoles qui suivent le programme britannique ou américain à Abu Dhabi. Avant d’être acceptés dans leur école, ils ont dû passer une évaluation (et l’ont parfois ratée, comme ma petite voisine). Les journées commencent tôt et les récréations sont très réduites. Ils reviennent fatigués et ramènent parfois des devoirs. On parle d’enfants de quatre ou cinq ans.

Les jeunes enfants que je connais n’ont plus beaucoup de temps ni d’énergie pour jouer, alors que le jeu libre permet de développer des qualités comme la créativité, l’autonomie de la confiance en soi. (article en français)

Nous pensons que ces qualités-là, justement, seront de plus en plus valorisées à l’avenir. Nous préférons donc le laisser jouer et remettre l’apprentissage des chiffres et des lettres à plus tard !

Parce qu’on veut qu’il apprenne à son rythme

Petit exemple. Il y a environ un an, j’ai acheté des perles à enfiler pour N. Il avait l’âge indiqué sur l’emballage et je voulais l’aider à développer sa motricité fine. Fiasco total : il n’arrivait pas à enfiler les perles et était bien plus intéressé par une autre propriété des perles : ça roule… de préférence en dessous des meubles et des fauteuils! Comme j’en avais assez de marcher sur de grosses perles en bois partout dans l’appartement, je les ai mises de côté, déçue et inquiète. Manquait-il de stimulation ? Était-il en retard par rapport aux enfants de son âge ?

Il y a six mois, il a redemandé les perles, a facilement enfilé tout un collier et a même trié les perles par couleur quand je le lui ai demandé. Je n’ai rien fait à part l’emmener jouer au parc et à la plage. Il joue beaucoup à insérer des morceaux de bois dans des petits trous, à faire des brochettes de feuilles, à lancer des cailloux. Des jeux qui me semblent ennuyeux et peu stimulants, mais il ne s’en lasse pas. Et comme par miracle, il a développé tout seul sa motricité fine !

Ce n’est pas facile pour moi j’avoue, car j’aimerais qu’il dessine ou qu’il participe aux activités de son playgroup. Mais ça ne l’intéresse pas pour le moment, et j’ai la liberté de lâcher prise et de lui faire confiance. Cela serait beaucoup plus difficile pour un(e) prof qui a un programme à suivre, ou qui veut avoir un résultat à montrer aux parents à la fin de la journée d’école (chèrement payée à Abu Dhabi).

Parce qu’on veut éviter une formation académique précoce

Plus je lis d’articles et de livres sur les apprentissages des jeunes enfants, plus je suis convaincue que « le plus tôt n’est pas le mieux », et qu’il faut attendre le bon moment pour apprendre à lire et à compter à un enfant. C’est quoi, le bon moment ? Pour moi, dans l’idéal, ça serait quand l’enfant demande à apprendre. Cela voudrait dire qu’il a mis en place les bases intellectuelles lui permettant d’aborder cet apprentissage. (article très complet et intéressant en français ici)

Des études semblent montrer que la plupart des enfants sont intellectuellement prêts à apprendre à lire vers l’âge de sept ans, et que les enfants qui commencent les apprentissages académiques à cet âge-là sont légèrement avantagés par rapport à ceux qui commencent à cinq ans. (article en anglais).

Mais ici, dans la majorité des écoles, les enfants commencent les apprentissages académiques en maternelle, vers quatre ans. Une école britannique a conseillé à mes voisins de faire évaluer leur fille par un spécialiste, soupçonnant un trouble de l’attention parce qu’elle ne veut pas rester assise et suivre les leçons. C’est une gamine brillante, qui parle très bien sa langue maternelle et qui a appris l’anglais en quelques mois. Mais à cinq ans, la voilà labellisée comme ayant des difficultés à s’adapter.

 

Et si c’était le programme qui n’était pas adapté ? Sans nier l’existence du trouble TDAH, je trouve intéressant que le fait de repousser l’entrée à l’école d’un an réduise l’hyperactivité et l’inattention de 73 % chez les enfants, en particulier chez les garçons. (article en anglais)

Parce qu’on veut le socialiser en douceur

N. est de nature sociable et va spontanément vers toutes sortes de personnes. Si on est au parc, je peux m’asseoir sur un banc et il peut jouer indépendamment pendant de longues périodes. Il est très attaché à ses proches et ne les oublie pas même s’il ne les a pas vus depuis plusieurs mois.

Il commence à jouer avec plaisir avec les enfants qu’il connaît.

Par contre, il a tendance à se sentir dépassé dans un grand groupe d’enfants. Il devient nerveux et son comportement s’en ressent très vite. Comme je ne suis jamais loin, je peux intervenir pour le calmer, lui rappeler les règles, voire quitter les lieux si la situation dégénère. Je pense que son comportement social va continuer à s’améliorer avec l’âge, et je ne vois pas de raison de brusquer les choses pour le moment.

Parce qu’on veut le préparer le mieux possible au monde de demain

Et comment sera le monde de demain ?

Certains estiment que 60 % des métiers du futur n’ont pas encore été inventés. Aurons-nous un futur high-tech, des entreprises de télétravailleurs sans hiérarchie, des robots, des voitures qui volent ?

D’autres pensent que la fin des énergies fossiles et le changement climatique causeront des guerres, des catastrophes écologiques, des crises économiques et qu’on reviendra à l’âge de pierre. On peut penser, comme ma grand-mère adorée, « qu’ils » inventeront « quelque chose » pour régler tout ça et que tout continuera comme avant. Ou on peut essayer de construire sa résilience, par exemple via les initiatives des villes en transition.

En tout cas, la vie sera très différente, et je pense qu’en favorisant la créativité, l’autonomie et la confiance en soi chez les adultes de demain, ils auront plus de chances de s’adapter et de vivre une vie heureuse.

Si l’on en croit Sir Ken Robinson dans son célèbre discours sur « comment l’école tue la créativité », l’école telle que nous la connaissons a été créée dans le but de former des travailleurs capables de s’adapter à une société industrielle. On leur apprend à obéir, à retenir par cœur, à travailler selon un modèle pré-défini… C’était certainement utile au vingtième siècle et l’éducation obligatoire pour tous a été un énorme progrès pour la société. Mais ces méthodes ont-elles encore du sens aujourd’hui ?

On peut choisir de parier sur le fait que l’éducation traditionnelle continuera à ouvrir des portes à nos enfants à l’avenir. Malheureusement, on observe déjà qu’un « bon diplôme » est de moins en moins synonyme de réussite et d’épanouissement.

On peut aussi choisir d’essayer d’autres styles d’écoles et de pédagogies. Il est pour moi très révélateur que les pontes de la Silicon Valley envoient leurs enfants dans une école Steiner-Waldorf. (article en français ici)

Parce qu’on n’a pas vraiment le choix

Depuis que je m’intéresse à l’éducation, j’ai découvert des pédagogies qui répondraient à tous mes critères : une grande place accordée au jeu libre, à l’art, à l’imagination, le respect du rythme et de la personnalité de l’enfant, l’introduction tardive des sujets académiques.

Je pense notamment aux écoles Steiner-Waldorf, aux écoles Sudbury et aux « jardins d’enfants dans la forêt ».

Je précise pour mes lecteurs qui ne vivent pas ici que l’école est payante pour les expatriés aux Émirats. Les écoles où vont les Occidentaux peuvent coûter de 4500 euros à 15 000 euros l’année, environ (plus le bus, l’uniforme, les livres…). L’employeur de mon mari couvre une partie des frais, et nous serions prêts à payer pour que notre fils puisse fréquenter une école s’inspirant d’une pédagogie qui nous convienne. Mais ça n’existe pas ici.

Donc, pour cette année, pas d’école pour N. Au programme : tours de Duplos, playgroup, livres, parc, plage et autres sorties natures. Je reviendrai sûrement vous tenir au courant !

Et chez vous, vous faites comment ?

 

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Le français, c’est chic…

Il y a bien longtemps, dans une contrée fort lointaine, je regardais une publicité pour du parfum sur une chaîne de télévision allemande. Comme on pouvait s’y attendre, la dame de la publicité avait une voix chaude et sexy à souhait. Et un accent français.

Nous autres francophones, nous avons la chance de parler une langue associée à l’élégance et au raffinement. Il n’est donc pas étonnant que des entreprises du monde entier utilisent la langue de Molière pour donner à leur produit une aura de luxe.

Mais avant de sortir un produit sur un marché, il faut TOUJOURS vérifier avec un traducteur professionnel que le mot français convient bien, sinon on se retrouve avec des résultats étranges. Comment ça, je prêche pour mon église ?

Voyez plutôt sur quoi je suis tombée depuis mon arrivée à Abu Dhabi…

Le gel douche de luxe

Dialogue imaginaire :

Directeur : – (…) et comme nom pour notre gel douche, j’avais pensé à un mot qui évoque la jeunesse et la féminité, mais français pour faire chic. Des idées ?

Secrétaire : – Chef ! J’ai fait du français à l’école ! Je crois que j’ai encore un vieux dictionnaire quelque part. Attendez, le voilà ! Alors… « jeune fille » ?

Directeur : – Trop long. Autre chose ?

Secrétaire : – « Mademoiselle » ?

Directeur : Toujours trop long.

Secrétaire : – « Nana » ?

Directeur : – Déjà pris.

Secrétaire : – Voilà, j’ai trouvé le nom parfait :

Vu au Géant Yas Mall

Vu au Géant Yas Mall

Une chopine de tomates

Votre chope est-elle à moitié pleine ou à moitié vide ? Ou déjà sèche ? Comme dit le proverbe, « Une chope un jour, santé toujours… »

chopine

La blouse haute couture

Alors les cocos, on va faire original, on va trouver un autre slogan que « Paris je t’aime » pour notre nouvelle blouse. Regardons sur Google Maps pour trouver une autre ville française. Oh et si on changeait une lettre au nom de la ville, pour faire rebelle ?

Vu chez Waikiki

Nouvelle cuisine

Miam, ça donne envie !

Vu chez Lulu

Vu chez Lulu

Un sac pour séduire

Même Google Translate fait mieux, et c’est gratuit. Alors je m’interroge.

vous est beau

Plaît-il ?

Je ne comprends pas. Vraiment pas. Quelqu’un peut m’expliquer ?

Toujours chez Daiso

Toujours chez Daiso

Et vous, avez-vous d’autres perles du genre dans vos archives ? Venez les partager sur la page Facebook du blog !

Je suis une migrante

Pas une réfugiée.

Je n’ai pas fui la guerre, ni les persécutions, ni la misère.

Je n’ai pas dû voyager des heures sur un canot pneumatique surpeuplé, sans savoir si le passeur n’allait pas nous jeter par-dessus bord avant l’arrivée.

Nous avons quitté notre pays pour offrir de meilleures perspectives d’avenir à notre famille. Je suis donc une migrante économique. La pire sorte de tous les migrants, si j’en crois une certaine presse, et les gens qui prennent la peine de commenter les articles en ligne.

Mon pays d’accueil a sûrement fait erreur en acceptant ma famille.

Déjà, j’ai été élevée dans une culture et une religion complètement différentes. Qui sait si je ne vais pas essayer d’imposer mes coutumes aux gens de souche ? D’ailleurs, certains magasins vendent des produits que j’avais l’habitude de manger chez moi, alors que la consommation de ces produits va clairement à l’encontre des valeurs de ce pays. C’est bien la preuve que je suis le cheval de Troie d’une marée d’envahisseurs qui va exiger que les locaux changent leur façon de vivre !

Ma famille n’est pas pratiquante, mais ma belle-mère a la possibilité d’aller dans un lieu de culte quand elle vient nous rendre visite. D’ailleurs, on vient d’en ouvrir un nouveau, c’est le début de la fin, croyez-moi ! D’ailleurs, je suis sans doute terroriste.

En outre, je ne fais aucun effort pour m’intégrer. Je ne parle que quelques mots de la langue du pays. Je fréquente majoritairement d’autres migrants. Je m’habille comme si j’étais encore chez moi, imaginez un peu !

Ce pays est trop accueillant, vraiment.

Par exemple, quand j’ai été faire faire ma photo et mes empreintes digitales à l’immigration, il y avait des boissons fraîches et des dattes dans la salle d’attente.

À chaque fois qu’on a passé les frontières, mon fils a eu droit à des sourires de la part des locaux préposés aux contrôles des passeports. Une fois, il a même reçu un paquet de biscuits.

Quand il a dû être hospitalisé un mois après notre arrivée, alors que nous étions encore « sans papiers » et surtout « sans assurance »,  des gens que nous ne connaissions même pas ont fait en sorte qu’il soit soigné gratuitement, et qu’on nous rembourse la somme payée à l’admission. Quelques milliers d’euros.

Qui aurait cru que nous, des migrants, rencontrerions tant de tolérance et de générosité en terre d’Islam ?

Bien sûr, nous faisons partie de l’immigration « choisie », chère à ceux qui voudraient fermer les frontières à toute la misère du monde.

Bien sûr, tout n’est pas parfait ici, et tous les immigrés des Émirats n’ont pas notre chance. Notre situation reste précaire et nous risquons d’être renvoyés chez nous au moindre faux pas ou en cas de perte d’emploi.

Alors ? Je ne sais pas trop pourquoi je vous raconte tout ça.

Peut-être parce que j’étouffe mon fils de câlins et de larmes, depuis que j’ai vu la photo de son jumeau endormi sur une plage turque. Même âge, même couleur de cheveux, mêmes vêtements, et presque le même sourire, quand il était encore vivant.

Mais pas le même passeport.

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Allaiter en public à Dubaï, l’expérience d’une maman

Laura, la trentaine, est la maman d’un Trottineur de deux ans et d’un bébé né en avril 2015. Dans son blog Life with Baby Kicks, elle raconte son quotidien d’expatriée à Dubaï. 

À l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement, je vous propose une traduction de son article « Public Breastfeeding in Dubai ».

« Macierzynstwo 1905 » by Stanisław Wyspiański – http://www.pinakoteka.zascianek.pl. Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Macierzynstwo_1905.jpg#/media/File:Macierzynstwo_1905.jpg

Allaiter en public à Dubai, une expérience positive

Après mon article d’hier sur mes débuts dans l’aventure de l’allaitement, je souhaite m’attaquer aujourd’hui au mythe qui voudrait que l’allaitement en public soit mal vu à Dubaï. Non seulement l’allaitement en public y est accepté, mais l’allaitement en général est mis en valeur.

Dubaï, contrée musulmane, exige que l’on s’habille de façon appropriée et respectueuse. C’est à dire qu’il faut couvrir les épaules et les genoux. Cela étant, beaucoup de personnes pensent, à tort, qu’allaiter en public à Dubaï serait totalement inapproprié. Elles ne pourraient pas être plus loin de la vérité.

En réalité, le Coran dit que les enfants devraient être nourris au sein jusqu’à l’âge de deux ans (un texte religieux qui rejoint les recommandations de l’OMS !), ce qui rend les pays musulmans très pro-allaitement.

Et les mères qui veulent donner un allaitement complet, allaiteront leurs bébés deux ans complets.

Sourate Al Baqara, verset 233

C’est grâce à ce verset que mon aventure de l’allaitement à Dubaï a été incroyable, tout simplement. Les gens me regardent dans les yeux et me sourient pendant que j’allaite. Les gens mettent tout en œuvre pour me donner une place assise. Dans l’aire de jeu, si le bébé a besoin d’être allaité, le personnel garde un œil sur le Trottineur (et le fait généralement courir partout et l’épuise, situation gagnant-gagnant).

Bien que, cela dit, je préfère allaiter dans un café, surtout pour que je puisse me faire plaisir avec un café et un gâteau, le fait d’être avec le Trottineur signifie que j’allaite en général dans une aire de jeu. Je ne sais pas quel crime j’ai commis dans une vie antérieure pour que les aires de jeu jouent un rôle si important dans celle-ci,mais je m’écarte de mon sujet.

J’ai choisi d’utiliser un châle d’allaitement, parce que je suis la personne la moins gracieuse qui soit, et que je ferais probablement gicler du lait dans vos yeux si je n’en avais pas. Mais le châle d’allaitement n’est pas une obligation. Je connais beaucoup de dames qui ne sont pas affligées de ce gène disgracieux et qui allaitent sans châle avec discrétion. Il y a aussi celles auxquelles je voudrais ressembler, qui allaitent dans leur porte-bébé en vaquant à leurs tâches quotidiennes. J’aimerais que quelqu’un m’apprenne comment faire, comme cela fait presque trois ans que j’essaie sans succès. Merci de laisser vos conseils dans les commentaires, j’utilise un Ergo si ça change quelque chose.

Ici, l’allaitement est normal. L’allaitement est encouragé. L’allaitement est tout simplement un fait de la vie courante. Il n’y a ni commentaires négatifs, ni regards en coin, j’adore. Et je suis triste que des personnes doivent subir ceux-ci dans d’autres parties du monde.

Je suis tout aussi triste de penser que des personnes évitent de venir à Dubaï parce qu’elles ont des craintes non-fondées sur l’allaitement. Rassurez-vous ! Vous ne ferez face à aucune attitude négative. Allaiter en public vous met mal à l’aise ? Eh bien. Nous avons certaines des meilleures et plus confortables salles d’allaitement qui existent. N’allez pas imaginer une chaise en plastique dans les toilettes, ici. Pas à Dubaï.

Dubaï, paradis de l’allaitement.

Article original : http://www.lifewithbabykicks.com/2015/08/world-breastfeeding-week-public-breastfeeding-in-dubai.html

Traduction : Anne-Sophie Ronvaux

Liste des phrases qu’on ne m’aurait jamais entendue dire…

… si je n’avais pas déménagé à Abu Dhabi !

Toutes véridiques, sauf une. La trouverez-vous ?

Hisilicon K3

En été :

« On va dans quel centre commercial ce weekend ? »

« Pfff, j’en ai marre des centres commerciaux d’Abu Dhabi. Et si on allait dans un centre commercial à Dubaï pour changer ? »

« Ne touche pas la vitre de la voiture, Bébé, tu vas te brûler. »

« À quoi bon aller au hammam alors qu’il suffit de s’asseoir dix minutes sur le balcon pour avoir le même effet ? »

« Aller à la plage au mois de juillet ! A-t-on idée ? C’est bien un truc de touriste, ça. »

Hisilicon K3

En hiver : 

« Qu’est-ce que ça fait du bien de pouvoir ouvrir les fenêtres ! »

« Il ne fait que vingt degrés dehors, tu crois qu’il faut mettre un pull au petit ? Hier, j’ai vu un gamin avec un bonnet et une écharpe. »

« Regarde Bébé, il y a de l’eau qui tombe du ciel. On appelle ça de la pluie. »

« On ne voit rien dehors. Brouillard ou tempête de sable ? »

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Sur la route :

« Laisse-le te dépasser, c’est un local. »

« Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de ce gars pour acheter une Lamborghini vert pomme ? C’est laid ! »

« Franchement, les Ferrari, c’est d’un commun… Regarde chéri, regarde ! Une POLO ! »

« On a le droit de s’arrêter pour le gars qui fait du stop au bord de l’autoroute ou pas ? »

« Attention, il y a des Indiens qui traversent. » (L’autoroute. Dans le noir.)

« C’est Mawaqif ici ? Ah c’est vrai, on s’en fiche, on est vendredi. »

« Le plein, s’il vous plaît. Gardez la monnaie. »

« C’est quand même fou, toutes ces belles voitures dont le clignotant est en panne ! »

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Au quotidien :

« C’est gentil vous savez,  mais je suis capable d’emballer mes courses toute seule. Et de les porter aussi. »

« J’ai pas eu le temps de cuisiner ce soir. Tu veux que je commande indien, libanais, afghan, pakistanais, italien, vietnamien, japonais, iranien, chinois ou éthiopien ? »

« Zut, je n’ai plus de farine. Tu veux bien appeler l’épicerie ? »

« Bébé, arrête d’imiter le muezzin, tu vas finir par nous attirer des problèmes. »

« Je veux une abaya. C’est trop beau. »

« Je te jure que j’adore porter un burkini. C’est la liberté, vraiment ! »

La preuve !

La preuve !

Et vous, quelles sont les phrases que vous n’auriez jamais dites avant de vous expatrier… Ici ou ailleurs ?

Mon travail de « Nanny »

Sept heures, je me lève et je prépare le petit-déjeuner pour mon sponsor et le Bébé. Quand mon sponsor part travailler, je débarrasse la table, je fais la vaisselle et je nettoie la cuisine. Ensuite, j’habille le Bébé et je fais une petite activité avec lui. À presque deux ans, il aime beaucoup les livres et les chansons. L’activité « Pots et Casseroles » rencontre elle aussi un succès certain. Comment, vous ne connaissez-pas cette activité ? Elle est très simple :

UN BÉBÉ + UN PLACARD À CASSEROLES = Des heures d’amusement !

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Neuf heures, je commence les tâches ménagères. Avec un enfant et un chat qui perd ses poils, il faut nettoyer souvent ! J’ai un planning hebdomadaire avec les objectifs à atteindre ; repassage, nettoyage, rangement, préparation des repas… En tout, j’y consacre deux à trois heures par jour.

Onze heures, l’heure d’une autre activité avec le Bébé. On sort la poussette pour se promener jusqu’à une plaine de jeu, on dessine, on fait de la pâte à modeler (il sait faire des « ballons » et des « serpents »). Parfois, je ne suis pas inspirée et on descend tout simplement jouer dans le jardin. Pas besoin de beaucoup de jouets avec lui, il trouve toujours quelque chose à faire s’il y a de la terre à creuser, transvaser, jeter dans le vent … et si par bonheur les jardiniers ont laissé une flaque dans laquelle se rouler et faire de la boue, alors là c’est l’extase !

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Entre midi et une heure, on mange, et puis c’est l’heure de la sieste. J’ai l’impression de n’avoir pas fait grand chose, et pourtant il m’arrive de me mettre au lit moi aussi, tellement le Bébé m’a pris d’énergie ! Sinon, je profite de ce moment de calme pour avancer dans le repassage ou dans la préparation du repas du soir.

Entre trois heures et quatre heures, le Bébé se réveille et prend son goûter. Ensuite, il m’apporte ses chaussures et se met à râler si je ne vais pas assez vite. C’est qu’il est l’heure de sortir jouer dehors, pas question de traîner, il veut retrouver ses copains ! Nous descendons donc au jardin rejoindre mes collègues, les autres nannies* de l’immeuble.

Au début, je n’osais pas leur parler, mais le fait de s’occuper d’enfants qui jouent ensemble, ça rapproche ! Pendant qu’on surveille les enfants, on bavarde. Enfin, sauf avec une, qui ne nous parle que quand elle est sûre qu’on ne la voit pas depuis l’immeuble. En effet, ses employeurs lui ont interdit de parler aux autres nannies.

Au fil de nos discussions, j’ai réalisé que j’étais la mieux lotie de toutes. Déjà, avec mes 2000 dirhams (400 EUR) mensuels, je suis de loin la mieux payée. Une de mes collègues ne gagne que 800 dirhams par mois, et elle n’en voit même pas la couleur car ses employeurs versent son salaire directement à sa famille. Elle a demandé à recevoir une partie de son salaire en liquide pour avoir de l’argent de poche. Apparemment, ce n’est pas possible.

Et puis, une fois que le Bébé est couché, je suis libre de faire ce que je veux de mes soirées. D’ailleurs, j’ai commencé à suivre des cours du soir deux fois par semaine. Figurez-vous que je suis la seule à avoir le droit de sortir librement le soir. Une de mes collègues peut sortir si elle demande la permission à ses sponsors et si elle dit où elle va et à quelle heure elle rentre. Les autres ne peuvent pas sortir le soir, point à la ligne.

Enfin, le weekend, je ne travaille pas. Il m’arrive de m’occuper du Bébé pour dépanner mon sponsor, mais pas de cuisine ni de ménage pour moi, il se débrouille – d’ailleurs c’est un excellent cuisinier. Je suis bien tombée tout de même, toutes mes collègues travaillent le weekend ! Elles aimeraient avoir au moins un jour de congé par semaine, et la loi leur donne ce droit, mais elles ont peur d’insister et d’être renvoyées au pays.

En fait, il y a juste une différence entre mes collègues et moi, même si on fait le même boulot. Je viens de Belgique et sur mon visa de résidence, il est écrit « housewife ». Mon sponsor, c’est mon mari. Le Bébé, c’est mon fils.

Elles viennent des Philippines, du Bangladesh et du Cameroun, et sur leur visa, il est écrit « maid ».

* Je ne donne pas le nom de mes collègues nannies. Deux d’entre elles ont des sponsors qui parlent français, et je ne voudrais pas qu’elles aient des problèmes à cause de ce blog.

5 bonnes raisons de lire « Mother Without A Mask » (en anglais)

Ce livre est placé bien en vue dans toutes les librairies d’Abu Dhabi, et pourtant il m’a fallu longtemps avant de me décider à l’acheter. Je cherche à lire tout ce qui se rapporte aux Émirats, mais là…  La couverture me faisait penser à « Jamais sans ma fille », et je pensais que c’était encore une histoire sur « les primitifs qui oppriment les femmes et on est quand même bien chez nous, pas vrai ma bonne dame ». Je ne dis pas que ça n’existe pas, ni qu’il n’est pas intéressant de lire ce genre de témoignage. C’est juste que pour le moment, je préfère me concentrer sur les choses positives.

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Un jour où j’attendais que l’Homme ait fini de se faire coiffer chez Aziz à Abu Dhabi mall, je suis entrée dans la librairie et comme je m’ennuyais, j’ai lu le quatrième de couverture, et j’ai changé d’avis :

« Le jour où Patricia Holton a accueilli deux jeunes garçons arabes chez elle pour l’été, afin de rendre service à un cheikh du Golfe pour lequel son mari travaillait comme consultant, elle était loin de réaliser à quel point leurs vies allaient s’entremêler. Au cours de ses visites à Al Ain aux Émirats Arabes Unis, elle finit par être considérée comme la mère anglaise des garçons, surnommée affectueusement « Madame Tasse de Thé ».

Elle a visité à la fois des maisons citadines sophistiquées et des camps traditionnels dans le désert, mais, surtout, elle s’est assise avec les femmes pour les écouter et les observer. Petit à petit, transcendant les barrières de la langue et de la culture, elle finit par comprendre un peu les origines des traditions qui gouvernent leurs vies, et les problèmes auxquels faisaient face les jeunes d’une société qui s’ouvrait pour la première fois aux influences occidentales. »

Voilà qui donne tout de suite plus envie, vous ne trouvez pas ? Si vous lisez l’anglais, voici 5 autres bonnes raisons de lire « Mother Without A Mask » :

1. Si vous aimez les livres qui font voyager, ce récit décrit d’une manière très vivante les paysages, les coutumes et la beauté de ce pays. Il s’agit aussi d’un voyage intérieur car l’auteur, au fil de ses visites à la famille arabe, comprend de plus en plus les valeurs qui animent ses hôtes.

2. Si vous vous intéressez à l’histoire, vous vous retrouverez plongés au cœur d’une société à un moment crucial, celui où elle a dû gérer à la fois une inimaginable avalanche de richesse et une ouverture au monde occidental, pour le meilleur et pour le pire.

3. Si vous préparez un voyage, ou vivez dans un pays du Golfe, ce livre vous permettra de mieux en connaître les habitants, au delà des clichés. Quand on voit d’où ils viennent, peut-être est-il possible de mieux comprendre certains excès ?

4. Si vous voulez savoir pourquoi les femmes du Golfe portent – de moins en moins – un masque, vous trouverez la réponse page 250.

5. Si vous aimez les témoignages qui jettent des ponts entre les cultures, n’hésitez pas à ouvrir ce livre. Voilà ce que j’ai préféré chez l’auteur ; elle ne juge pas, elle cherche à comprendre. Sans doute suis-je un peu idéaliste, mais je trouve important, dans une société mondialisée, de se concentrer sur les choses positives que chaque culture peut apporter, et de se montrer sans complaisance sur certains aspects moins positifs de notre propre culture.

Vous l’aurez compris, c’est un achat que je ne regrette pas. Vivement que l’Homme retourne se faire coiffer, peut-être vais-je encore trouver une perle à la librairie ?

Et vous, avez-vous lu ce livre ? Qu’en avez-vous pensé ?